INTERVIEW : Laurent Berta , cap sur la nutrition .

Laurent berta

Pour commencer tu peux te présenter ? 

Je m’appelle Laurent Berta, j’ai 38 ans, je suis nutritionniste, et je pratique le CrossFit depuis 2017 chez CrossFit SMLV, près de Valence dans la Drôme. 

laurent berta

Depuis combien de temps pratiques-tu le métier de nutritionniste ? 

C’est difficile de donner une date précise. Je suis venu à la nutrition de manière assez progressive. Au début c’était un centre d’intérêt, un sujet qui me fascinait et attisait ma curiosité. Comme je suis un authentique geek, j’ai lu et étudié de nombreux bouquins sur la nutrition. Je suis même passé par une phase où je hantais les bibliothèques universitaires à la recherche d’ouvrages rares et pointus, sur la nutrition mais aussi les sujets connexes comme la biologie, la physiologie, la biochimie.

A cette époque, assez naturellement, j’aidais pas mal de monde autour de moi avec des conseils nutritionnels. Puis, tout aussi naturellement, j’ai décidé de valider et de parfaire mes connaissances en passant une formation en diététique et nutrition. Je pense que j’ai décidé de me consacrer pleinement à la nutrition en 2015 ou 2016, quelque chose comme ça.

En tant que nutritionniste, en quoi consiste ton métier dans la vie de tous les jours ? 

On peut distinguer deux types de consultations. La première rassemble les séances individuelles, ponctuelles. Ce type de consultation permet de répondre aux différents besoins qui ne nécessitent pas de suivi ou d’accompagnement dans le temps. Par exemple, si quelqu’un souhaite que j’analyse son mode alimentaire et que je propose des conseils pour améliorer ce qui peut l’être, une séance individuelle est généralement bien adaptée. J’adopte une approche pédagogique qui permet de mieux comprendre les implications des choix alimentaires.

Ensuite, il y a le coaching en nutrition. Il s’agit d’un accompagnement sur la durée, où j’aide la personne à atteindre ses objectifs, quels qu’il soient. On retrouve souvent des objectifs de perte de poids, et les résultats sont vraiment excellents quand on associe le coaching nutritionnel et le CrossFit.

Dans le cas du coaching, je suis en relation régulière avec la personne concernée. Cela permet de répondre aux questions quand elles se présentent, et surtout d’ajuster ce qui doit l’être au fur et à mesure. L’accompagnement est aussi bien utile pour entretenir la motivation et se donner les moyens d’atteindre ses objectifs !

Concrètement, je réalise l’essentiel des consultations en visioconférence, ce qui permet de proposer mes compétences partout en France et dans le monde francophone. De nos jours tout le monde a accès à un ordinateur, un smartphone, une tablette.

En une minute on peut se parler et se voir comme si on était dans la même pièce, c’est vraiment génial : un énorme gain de temps en transport, et une empreinte carbone imbattable ! Il m’arrive aussi de temps en temps de réaliser des consultations à la box (CrossFit SMLV) pour les crossfiters qui sont sur place. On s’arrange pour planifier la séance avant ou après un WOD, c’est pratique.

Enfin, je consacre beaucoup de temps à me tenir informé des avancées de la science en matière de nutrition. Je lis beaucoup de livres et d’études scientifiques et médicales, je les confronte pour faire la part des choses. J’expérimente aussi de mon côté, et de fil en aiguille j’affine continuellement mes convictions et mes méthodes.

Au niveau de tes différentes consultations, constates-tu des erreurs qui reviennent fréquemment ? 

Ce qui est une erreur dans un cas donné ne l’est pas forcément dans un autre contexte, on ne peut pas forcément généraliser. Cela dit, je remarque que dans le cas très général, ce qu’on peut considérer comme des erreurs courantes est souvent lié à des aspects culturels. Par exemple, en France on a l’habitude de prendre un petit déjeuner sucré. C’est une sorte d’exception française. Cela pose très souvent des problèmes de régulation de la glycémie, il faut alors proposer des alternatives plus saines tout en restant dans le cadre de ce qui est acceptable pour la personne, en fonction de ses goûts et de son mode de vie.

Je mets un point d’honneur à pousser assez loin la personnalisation des conseils : pour que des adaptations alimentaires soient pleinement efficaces, il faut pouvoir les appliquer sur le long terme, et il faut donc qu’elles conviennent parfaitement à chaque cas. 

Pour revenir sur les erreurs fréquentes, il y a aussi beaucoup d’habitudes qui poussent à une consommation excessive de céréales, de produits laitiers, ou encore de viande. En fait, globalement, le mode alimentaire occidental actuel est vraiment très loin d’être satisfaisant.

Tu nous as dis que tu suivais quelques crossfiter. Dans ce monde on entend beaucoup parler du régime paléo, quelle est ton opinion dessus ? 

En effet, je suis plusieurs crossfiters. Comme je pratique moi-même le CrossFit, je connais bien les exigences de ce sport, et j’ai particulièrement étudié ses implications nutritionnelles.
Concernant le régime paléo, je dirais qu’il y a du bon et du moins bon. Un avantage du régime paléo est qu’il est facile à comprendre : il ne nécessite pas vraiment de connaissances en nutrition et il s’adresse donc potentiellement au plus grand nombre.

C’est aussi une bonne chose de se tourner vers des aliments bruts, et d’éviter les produits laitiers. Cependant, je trouve que le régime paléo est une interprétation un peu simpliste et réductrice de la nutrition. Beaucoup de personnes qui suivent ce régime ne prêtent pas du tout attention aux modes de cuisson. C’est pourtant loin d’être un sujet anodin. Le régime paléo peut aussi amener à consommer beaucoup trop de viande. Il faut savoir que la viande d’aujourd’hui n’est pas vraiment la même que celle du paléolithique, et il est important d’en tenir compte ! Un autre exemple : dans le régime paléo strict, les huiles sont exclues.

Pourtant certaines d’entre elles possèdent des valeurs nutritionnelles extrêmement intéressantes, dont il est vraiment dommage de se priver par principe.
Pour conclure, je dirais que le régime paléo, si imparfait soit-il, représente tout de même une alternative beaucoup plus saine que le mode alimentaire standard occidental actuel. Ce n’est pas forcément l’idéal, mais c’est nettement mieux que de ne pas s’occuper de son alimentation !

Pour élargir un peu cette vision qu’en est-il, selon toi, du régime « zone » ou plus simplement du fait de compter ses calories ? 

Le régime zone est une méthode comme une autre pour gérer les quantités d’aliments. Il est évidemment utile d’avoir une idée plus ou moins précise des quantités et de l’équilibre des macronutriments (glucides, lipides, protéines), sans forcément aller jusqu’à mesurer chaque aliment au gramme et à la calorie près. Peser sa nourriture, c’est vraiment contraignant, et pas toujours pertinent.

Le régime zone est une approche en quantité. Je préfère travailler d’abord sur la qualité de l’alimentation, remplacer les mauvaises habitudes par des bonnes, et ne compter les calories que si cela s’avère vraiment nécessaire. En pratique, c’est assez rare : si la qualité de l’alimentation est au rendez-vous, les mécanismes de régulation de l’organisme font généralement très bien leur travail.

Dans le cadre de la nutrition sportive, les choses sont différentes : on est dans le registre de l’optimisation. Cela demande de la précision, et la balance fait alors partie de l’arsenal indispensable.

Tu nous parles d’optimiser l’alimentation pour un sportif mais quelle sera la différence avec l’alimentation d’une personne plus sédentaire ? Et penses-tu que les besoins varient aussi selon le sport pratiqué ? 

Les besoins de l’organisme varient beaucoup selon l’activité physique, c’est une certitude. En fait, entre un sportif et une personne sédentaire, tout est différent : l’équilibre et les quantités de macronutriments, de vitamines, de minéraux. Lors d’un effort physique, de nombreuses réactions biochimique entrent en jeu. L’effort génère aussi un stress, des lésions et une fatigue auxquels l’organisme doit faire face. Tout cela consomme différents nutriments, qui doivent être apportés par l’alimentation. On comprend facilement que les performances, la progression et les capacités de récupération sont fortement impactés par l’alimentation. 

Selon le type d’effort, les contraintes sont différentes, et les besoins nutritionnels le sont aussi. En pratique, la nutrition sportive pour l’endurance ou pour la force ne s’optimise pas de la même manière. Dans le cas du CrossFit, c’est encore plus subtil, puisqu’on mélange la force et l’endurance.

Tout cela illustre bien l’importance de personnaliser les conseils nutritionnels, et de tenir compte du mode de vie de chacun pour orienter les choix alimentaires.

Et pourrai tu donner quelques conseils « généraux » pour le crossfit ou des astuces ? 

A l’occasion des Open 2019, j’ai réalisé trois vidéos sur le sujet. Elles sont disponibles sur mon site www.laurentberta.com et ma chaîne Youtube.

Si je devais en rester à quelques conseils très basiques, j’insisterais tout d’abord sur l’hydratation. Il s’agit d’un facteur important pour la performance, mais aussi pour éviter les blessures. Il faut veiller à être bien hydraté en permanence, et boire par petites gorgées tout au long du WOD en commençant dès l’échauffement. Ensuite je conseille de manger léger lors du repas précédent un WOD, en prenant soin de laisser environ deux à trois heures entre la fin du repas et le début du WOD. Après le WOD, il est utile de manger un repas complet sans tarder, pour fournir un large panel de nutriments qui seront mis à profit pour la récupération.

Du coup pour finir, ton avis sur le fameux cheat meal ? 

Ah, le fameux cheat meal … je dirais qu’on peut le voir sous plusieurs angles. La première chose c’est que le cheat meal peut être vu comme la projection d’une frustration permanente par rapport à l’alimentation. Or une alimentation saine doit se maintenir dans le temps, et donc ne pas être frustrante. On peut très bien avoir une alimentation à la fois saine et savoureuse, qui ne donnera tout simplement pas envie de faire de cheat meal. C’est évidemment la situation idéale, et même le but à atteindre.

A côté de cela, il y a tout l’aspect social lié à la nourriture. Lors d’un repas de famille ou entre amis, il n’est pas toujours possible de maîtriser ce qu’on mange, et on se retrouve donc dans le cas d’un cheat meal même si il est souvent possible de limiter la casse. Tant que cela reste exceptionnel, et hors des cas de diète très stricte (cétogène, sans gluten strict …), cela ne porte pas vraiment à conséquence. Il faut simplement garder à l’esprit que ces cheat meal doivent rester rares.

Très bien, merci a toi! Un dernier mot, conseil ? Et surtout où peut-on suivre ton travail ? 

Je souhaite à chacun de prendre conscience que l’alimentation est un pilier majeur de la santé, et je conseille à tous, sportifs ou non, de ne pas la négliger !

Pour suivre mon travail, le plus simple est de liker ma page Facebook ( https://www.facebook.com/Laurent-BERTA-conseil-en-nutrition-733953176809200/  ) et de consulter mon site (https://www.laurentberta.com). J’y écris beaucoup d’articles, il y a de quoi s’occuper ! Il y a aussi toutes les informations concernant les consultations et le coaching nutritionnel, et bien sûr aussi mes coordonnées pour me contacter.

Interview par Vincent R

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